Energie Deslandes

La Russie et l'Arabie Saoudite réduisent leur production de pétrole. Trop peu, trop tard ?

Pétrole
10 Avril 2020
Aucun commentaire

Ça y est, l'OPEP+ serait tombée d'accord sur une réduction de la production pétrolière de 10 millions de baril/jour. Oui, mais est-ce suffisant ?

 

La consommation de pétrole mondiale s'est vraiment effondrée à cause de la pandémie

La consommation de pétrole en temps normal est d'environ 100 millions de baril/jour. C'est énorme.

Et les estimations de la baisse de la consommation pétrolière partent sur une diminution pouvant aller jusqu'à 30% de moins.

Faisons le calcul, 10 millions de baril en moins sur une consommation habituelle de 100 millions, cela nous fait du 10% de réduction. Cela veut dire que la réduction, si elle est particulièrement élevée en absolu, ne suffit pas du tout.

Une réduction de 20% au moins aurait été plus crédible. Surtout que...

 

Le problème du stockage

Quand la demande en pétrole s'est effondrée, la production dépassant largement la demande, le prix du pétrole a donc plongé.

Mais que se passe-t-il dans ce cas ?

Le pétrole continue à être produit. Il faut donc le stocker, le temps de trouver un consommateur.

D'un point de vue financier, il est aussi intéressant de stocker le pétrole le temps que les cours remontent. Certes, le stockage a un coût, mais cela reste intéressant si le prix du pétrole remonte suffisamment quelques mois plus tard.

Sauf que la consommation en pétrole s'est tellement effondrée qu'il a fallu stocker très rapidement beaucoup de pétrole. Et les prix étant très bas, beaucoup veulent stocker pour revendre plus tard, à un prix -espéré- plus intéressant.

Le résultat ? Les capacités de stockage de pétrole vont bientôt finir par arriver à saturation. En ce moment, une bonne partie des tankers ne sont plus utilisés uniquement pour déplacer le pétrole, mais juste comme stockage flottant. Et cela, de manière plus importante encore qu'en 2008.

La question est de savoir si réduire de 10% la production suffira à éviter la saturation des stockages. Tout dépendra de quand et à quel rythme les économies redémarreront. Il est possible que le redémarrage économique soit trop lent pour éviter une saturation des stockages pétroliers.

 

Des faillites en vue

Les USA doivent-ils se réjouir des baisses de production décidées par l'OPEP+ ?

De mon point de vue, non. Une baisse de production de 10% alors qu'on aurait une baisse de la demande de 30%, cela fait toujours 20% de production en trop.

Les prix du pétrole vont rebondir un peu pour -très probablement- continuer à descendre. Le temps que "les marchés" se rendent compte que 10% de production en moins ne résout pas le problème.

Les producteurs US de pétrole de schistes sont donc toujours dans une passe très compliquée. Ils vont être obligés d'arrêter de forer et cela réduira automatiquement leur production. Mais il y a des crédits qui ne seront pas remboursés. Et donc des faillites à prévoir.

Si le redémarrage économique est trop lent, que les stocks de pétrole sont énormes, cela augmentera mécaniquement le nombre de faillites des pétroliers de schiste US.

 

Une baisse de production qui ne changera pas la tendance ?

Le marché pétrolier est tellement sinistré qu'une baisse de 10% de la production ne servira qu'à limiter le risque d'atteindre les limites du stockage. Cela ne changera pas (ou peu) le prix du baril dans l'immédiat.

Les producteurs de pétrole de schiste US sont donc toujours sous pression et risquent toujours la faillite.

En fait, ça y est, la Russie a atteint son objectif : le marché est tellement bas qu'il ne repartira pas avant plusieurs mois. Car même avec une relance économique, on ne va pas retrouver nos niveaux de consommation initiaux tout de suite. De plus... il va bien falloir vider les stocks de pétrole ! On est donc partis pour des mois de pétrole à bas prix.

En fait, ce qui pourrait faire remonter le prix du pétrole un peu plus tôt que prévu, ce serait un nombre de faillite très élevé dans le schiste US. Mais les USA ont quand même l'air décidés à soutenir leurs industrie pétrolière. Cela pourrait limiter le nombre de faillites. Mais c'est une manière artificielle de faire. Il est devenu illusoire pour un grand nombre d'acteurs du pétrole de schiste de pouvoir faire du profit.

Il faudra aussi surveiller d'autres types de production pétrolière coûteuse : les sables bitumineux du Canada par exemple.

 

Un risque de catastrophe écologique ?

Au milieu de toutes ces considérations de prix, de stocks, de profitabilité et de faillites, il y a quand même un point pour lequel j'ai un peu peur, je ne vous le cache pas : celui d'une catastrophe écologique de type marée noire.

Si les capacités de stockage de pétrole deviennent insuffisantes, on pourrait être tentés de stocker un peu n'importe comment, avec ce qu'on a sous la main. Imaginez des réservoirs de pétrole qui rompent ou un problème sur un tanker, et vous avez une petite idée de la catastrophe qui pourrait se produire.

A l'heure actuelle, plus il faut stocker et plus on augmente le risque d'une catastrophe écologique. Espérons que tout se passe bien de ce côté.

A propos de l'auteur

Guillaume Deslandes

Guillaume Deslandes


Je suis Guillaume Deslandes, ingénieur en efficacité énergétique, spécialisé dans la préparation au déclin énergétique. Je suis aussi très attaché à la protection de l'environnement. La pollution de l'air et de l'eau m'a toujours interpellé. Je suis passionné par l'optimisation énergétique : soit en passant par les comportements, soit en utilisant les solutions technologiques à bon escient . Curieux de nature, je suis toujours en train de tester de nouvelles solutions permettant de mieux utiliser l'énergie, de diminuer son impact environnemental et de se préparer à un monde où l'énergie ne sera plus aussi abondante. Mon but est de partager avec vous mes connaissances, mes expériences et mes méthodes pour vous permettre de réaliser votre préparation et votre transition énergétique en toute sérénité.

Commentaires

@

Ces articles peuvent vous intéresser

Pétrole - Arabie Saoudite. La situation se calme.

Le prix du pétrole aura donc bien augmenté suite aux attaques de drones sur l'Arabie Saoudite. Mais les déclarations de divers pays auront permis de contenir la flambée...

Lire la suite

50% de la production pétrolière de l'Arabie Saoudite à l'arrêt. Quelles conséquences ?

L'Arabie Saoudite est actuellement un pays en guerre contre le Yémen voisin. Depuis 2015. Ce qui vient de se passer hier risque fort d'avoir une répercussion mondiale, mais aussi...

Lire la suite

Découverte d'un champ de pétrole "immense" en Iran. Qu'est-ce que cela change ?

La nouvelle est tombée hier : l'Iran a annoncé avoir découvert un nouveau champ pétrolifère. Les estimations tablent sur 53 milliards de barils de pétrole...

Lire la suite

Faut-il profiter des nouvelles aides pour changer de véhicule ?

Pour favoriser la relance économique, le gouvernement a présenté un renforcement des primes pour l'achat de véhicules moins polluants. Mais est-il intéressant d&...

Lire la suite

Nucléaire français : Va-t-on perdre la moitié de notre puissance électrique nucléaire d'ici 10 ans ?

Le Canard Enchaîné vient de communiquer une information très importante pour l'avenir énergétique de la France. EDF, l'IRSN et l'ASN sont en train d'&...

Lire la suite