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Vers une baisse du trafic aérien ?

Transport aérien
22 Mai 2019
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Il se passe actuellement une chose très intéressante en Suède : le "flygskam" ou la honte de prendre l'avion.

Comment en est-on arrivé là ? Assisterait-on aux premiers changements d'habitude capables d'impacter positivement notre modèle de société ?

Une vision du transport aérien dépassée

Il est intéressant de noter que les estimations pour le futur du trafic aérien repose sur les mêmes principes de croissance sans limite que tout le reste.

Il n'est pas envisagé que le trafic aérien puisse décroître. Au contraire, il ne peut que croître. La preuve, les années passées, le trafic aérien a augmenté. Donc on prolonge la tendance et on obtient une croissance du trafic pour l'avenir. Simple.

En 2000, le trafic aérien de passagers représentait un peu plus de 1,6 milliard de passagers. En 2018, nous sommes passés à 4,3 milliards. Je précise qu'un passager représente une personne qui peut très bien avoir pris l'avion plusieurs fois dans l'année. Et les trajets aller-retour comptent pour 2 trajets.

La faiblesse de ce raisonnement est de ne pas prendre en compte les enjeux écologiques et la stagnation des salaires (dans le monde occidental du moins).

En effet, dans le monde occidental, les salaires ne sont pas en hausse. Ils stagnent plus ou moins. Surtout depuis 2008. Les classes moyennes ont donc de moins en moins les moyens de s'acheter un billet d'avion. Quant aux compagnies low-cost, elles auront beaucoup de mal à garder des prix contenus avec un pétrole qui resterait trop cher.

La prise de conscience écologique

Bien souvent, vous entendez parler de l'écologie quand on vous parle des gestes à faire au quotidien : trier vos déchets, baisser un peu le chauffage, moins prendre la voiture,... et éviter l'avion.

Certains critiquent cette façon de penser l'écologie car le changement n'est pas suffisamment important. Ça ne change les choses qu'à la marge. Voire pas du tout. Et je ne peux que leur donner raison. Agir sur ses petites habitudes est nécessaire, mais pas pour changer le système, plutôt pour s'adapter au monde de demain.

Néanmoins, il y a des cas où un changement d'habitude général impacte grandement un secteur économique. Et c'est ce qui est en train de se passer en Suède. Le transport aérien est délaissé au profit du transport ferroviaire. Cela va impacter la performance économique des compagnies aériennes, mais aussi... celle des compagnies ferroviaires !

Il arrive en effet encore trop souvent que l'avion court-courrier ou moyen-courrier soit moins cher que le train. Cela peut même entraîner un effet pervers où les avions bénéficient d'un meilleur remplissage et les trains d'un mauvais remplissage. Donc le prix du billet d'avion peut baisser alors que le billet de train ne peut qu'augmenter.

Mais si maintenant la majorité fait le choix du train au lieu de l'avion ? Les paramètres économiques s'inversent. Le train peut redevenir compétitif. Ajoutez à cela un petite taxe sur le kérosène et les vols court-courrier disparaîtront. Et les vols moyen-courrier seront plus chers que le train.

L'avion reste-t-il utile ?

Nous venons de voir qu'il est possible de se passer de l'avion en prenant le train. Mais est-ce pour autant toujours applicable ? L'avion ne garderait-il pas un atout dans sa manche ?

Jusqu'à présent, j'ai parlé de vols court-courrier et moyen-courrier. Mais pas encore des vols long-courrier. Ou pour être plus précis, des vols transcontinentaux. Quand il faut traverser l'océan sur plusieurs milliers de kilomètres, le train n'est pas franchement adapté. En fait, il ne reste que 2 options : le bateau et l'avion.

Le bateau va être bien plus lent que l'avion. Donc cela va dépendre des besoins. Mais cela dépend aussi du navire visé : un navire de croisière de luxe, avec casinos et piscines, sera aussi particulièrement gourmand en pétrole.

L'usage de l'avion va donc redevenir plus rare et plus ponctuel. Ce qui veut dire que si vous voulez visiter un autre pays (par exemple les Etats-Unis), il vaudra mieux le faire bien en 1 fois, plutôt que de revenir plusieurs fois. Quitte à y passer 1 mois ou plus.

Quant aux rendez-vous professionnels, la visio-conférence sera à privilégier le plus possible. Ceci pour permettre de réduire les déplacements nécessaire au strict minimum. Comme de toute façon, une société plus sobre est une société avec une économie plus locale, les échanges internationaux seront eux aussi réduits.

Sera-t-il encore possible de voyager dans un monde plus sobre en énergie ?

Et bien en fait, oui. Déjà, il n'y a pas besoin d'aller au bout du monde pour voyager. Beaucoup de pays sont accessibles par le train et il y a déjà des choses à voir chez nos voisins.

Il est même possible d'aller depuis l'extrême ouest de l'Europe jusqu'en Asie du Sud-Ouest par le train (en passant par la Russie, la Chine,...). Oui, cela va être long. Et pittoresque dans certains pays. Mais un voyage n'est-il pas l'occasion de découvrir les autres cultures ? Dans ce cas, le trajet est le voyage.

On peut aussi penser au vélo pour les plus sportifs.

Dans mon cas, je prévois de faire des voyages en Europe avec ma moto électrique. Un véhicule déjà utilisé au quotidien, 2 à 3 fois plus sobre qu'une voiture électrique, qui aura donc un impact environnemental limité pour voyager.

En fait, l'important est de savoir si le moyen de transport que vous allez utiliser va vous permettre de respecter la quantité de gaz à effet de serre qu'il est possible d'émettre chaque année, sans que cela n'impacte notre écosystème. Il s'agit ici d'avoir une empreinte environnementale soutenable.

Cet exemple est-il généralisable ?

Ce genre de changement d'habitude peut donc impacter fortement un modèle de société. Mais cela fonctionne si l'alternative est déjà disponible. Et bien connue. Ce dernier point est bien plus important qu'on ne le croit. Si je ne suis pas conscient des avantages du vélo, aurais-je l'envie d'aller travailler avec ? Voire même de voyager avec, ne serait-ce que dans la région voisine ? Si je ne sais pas que d'autres énergies que l'essence et le gazole sont plus intéressantes pour mouvoir ma voiture, vais-je m'y intéresser ?

Il y a des alternatives qui sont déjà disponibles, il faut simplement qu'elles soient mieux connues. C'est ce que je m'attache à réaliser.

Cependant, il reste des alternatives qui restent à créer. Le monde de demain ne sera pas tel que nous l'imaginons forcément. En fait, nous manquons cruellement d'imagination et les changements importants arrivent rarement là où nous les attendons. Dans les années 1960-1970, tout le monde pensait que les voitures voleraient dès l'année 2000. Ce ne fut pas le cas. Par contre, qui aurait imaginé le développement des réseaux sociaux et la place grandissante des smartphones ?

Une chose est sûre, nous avons besoin d'un monde plus sobre en énergie et plus humain. Le temps est à l'action. N'hésitons pas à suivre l'exemple des Suédois.

A propos de l'auteur

Guillaume Deslandes

Guillaume Deslandes


Je suis ingénieur en efficacité énergétique, spécialisé dans le changement des habitudes. Je suis très attaché à la protection de l'environnement. La pollution de l'air et de l'eau m'a toujours interpellé. Je suis passionné par l'optimisation énergétique : soit en passant par les comportements, soit en utilisant les solutions technologiques à bon escient. Curieux de nature, je suis toujours en train de tester de nouvelles solutions permettant de mieux utiliser l'énergie, de diminuer son impact environnemental et d'économiser son argent. Mon but est de partager avec vous mes connaissances, mes expériences et mes méthodes pour vous permettre de réaliser votre transition énergétique en toute sérénité.

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